Pierre Malachin, « Les larmes d’Eros », mai 2012

Pierre Malachin

« Les larmes d'Eros », mai 2012

D’évidence les peintures de Marc Molk nous placent dans un sentiment inconfortable et presque anachronique de romantisme qui tient d’un état de bouleversement. Certes, cet artiste autodidacte peint des sujets immuables et universels : la mort, la guerre, l’amour possible et impossible ou encore l’amitié, autant de thèmes qui continuent de se déployer au-delà de l’académisme dans l’histoire de l’art.

Pourtant, ces sujets ne sont que prétextes pour Marc Molk à déployer un univers pictural très singulier où s’entremêlent pêle-mêle couleurs pastel et vives, techniques traditionnelles et inventions techniques virtuoses, compositions épurées ou baroques.

Ici les sujets apparaissent – ou disparaissent – de la toile, semblent flotter, évoluent en apesanteur ou dans un fluide comme arrêtés dans des poses chorégraphiques. De ce qui nous est donné à voir, on songe d’évidence au romantisme ou à l’onirisme mais c’est bien plus du côté du sentimentalisme que cet univers de rêveries extraordinaires nous place. De ce sentimentalisme qu’Arnaud Labelle-Rojoux a su cerner et expliciter.

Bien sûr il est ici question de peinture, de la spécificité de ce medium et de l’aura qu’il implique, de son histoire riche et variée, de sa mort et de sa perpétuelle renaissance, de ses diverses formes et de sa spécificité intrinsèque : le passage d’une matière et d’un état liquide à une matière solide et figée dans le temps autant que dans l’espace. C’est précisément dans cette transformation d’état des corps – autrement représentés sur la surface de la toile – que les oeuvres de Marc Molk se déploient. La peinture comme des larmes qui sèchent, comme des souvenirs qu’on oublie et qui resurgissent, qui s’effacent dans le mutisme de la peinture, circonscrits dans l’espace du tableau, fixés à jamais. Marc Molk est un peintre qui n’a pas peur de la beauté : il part à sa recherche de toile en toile, au gré des rencontres et des observations que la réalité du monde ou que l’intimité lui offre. Comme tant de tragédies amoureuses et historiques qu’il est aussi inconfortable de se rappeler que d’effacer de sa mémoire, ses oeuvres deviennent ainsi témoignages de sentiments éprouvés au cours de tels ou tels événements du quotidien ou de l’actualité, la fluidité de la peinture ainsi figée par le séchage du temps transfiguré en une biographie intimiste et pudique de l’artiste.

La contemporanéité de la peinture de Marc Molk se situe donc dans cette virtuosité alchimique de dosage des pigments, des gestes, et dans la maîtrise du hasard des effluves de la peinture qui permet de saisir un état des choses ou du monde.

Cette virtuosité alors alliée aux sujets représentés, inaccessibles témoins muets d’un instant T, nous place dans un sentiment de profonde sensibilité où l’équilibre et la mesure que la raison implique à notre époque vacillent au profit d’un abandon à la contemplation, aussi désuète soit-elle. C’est pourtant ici que se situent les conditions d’appréciation des peintures de l’artiste, dans ce maelström pondéré entre érotisme et mort, dans ce jeu entre surgissements et disparitions résolument souhaités ou volontairement oubliés que se situe la démarche artistique de Marc Molk.


Ce texte a été publié dans le catalogue de la 57ème édition du Salon de Montrouge (2012) :

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