{"id":12836,"date":"2019-04-30T15:54:41","date_gmt":"2019-04-30T13:54:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.marcmolk.fr\/?p=12836"},"modified":"2020-02-02T16:14:38","modified_gmt":"2020-02-02T15:14:38","slug":"la-seule-fleur-qui-ne-fane-pas-sur-larbre-texte-fondation-salomon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/2019\/04\/30\/la-seule-fleur-qui-ne-fane-pas-sur-larbre-texte-fondation-salomon\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La seule fleur qui ne fane pas sur l&rsquo;arbre\u00a0\u00bb, Texte, Fondation Salomon"},"content":{"rendered":"<p>[vc_row][vc_column][vc_column_text]J&rsquo;ai eu le plaisir et le privil\u00e8ge d&rsquo;\u00e9crire le texte du livret de l&rsquo;exposition en cours de Kimiko Yoshida \u00e0 la\u00a0<a class=\"profileLink\" href=\"https:\/\/www.fondation-salomon.com\/exposition\/kimiko-yoshida\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" data-hovercard=\"\/ajax\/hovercard\/page.php?id=167928853317476&amp;extragetparams=%7B%22eid%22%3A%22ARCciBR89d7motBh4qSZ9zmYQBv1wiTO4n5nvqwjU3z84Tzkn6uOR6wnM4M3YR_pWgDNj3IbkM_7NIru%22%2C%22fref%22%3A%22tag%22%7D\" data-hovercard-prefer-more-content-show=\"1\">Fondation Art Contemporain Claudine et Jean-Marc Salomon<\/a>.[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]<\/p>\n<div id=\"js_8\" class=\"_5pbx userContent _3576\" data-testid=\"post_message\" data-ft=\"{&quot;tn&quot;:&quot;K&quot;}\">\n<p><strong>Texte du livret de l&rsquo;exposition de Kimiko Yoshida<br \/>\n<\/strong><strong>(\u00ab\u00a0Baroques\u00a0\u00bb \/ Solo show \/ 26 April &gt; 7 July 2019 \/\u00a0<\/strong><strong>Fondation Art Contemporain Claudine et Jean-Marc Salomon) :<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0LA SEULE FLEUR QUI NE FANE PAS SUR L&rsquo;ARBRE \/ Marc Molk<\/p>\n<p>Elle s&rsquo;appelle Kimiko. \u00c7a commence comme \u00e7a.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9t\u00e9 s\u2019est fini hier si mal qu&rsquo;elle n\u2019accorde plus de cr\u00e9dit au soleil, aux plages blondes ni aux glaces \u00e0 l\u2019eau. S\u2019\u00e9croule, derri\u00e8re les stores \u00e9lectriques, le ciel dans un d\u00e9sordre de spirales grises, de pointes roses et de triangles bleus.<br \/>\nC\u2019est le petit matin.<br \/>\nKimiko est seule dans son lit, c&rsquo;est la premi\u00e8re sensation d\u00e9sagr\u00e9able de la journ\u00e9e.<\/p>\n<p>Elle habite l&rsquo;automne \u00e0 Paris, rue M. Elle s\u2019arr\u00eate souvent chez Pain de sucre pour leur acheter un cube de guimauve \u00e0 la noisette. Elle marche ensuite sur le trottoir de droite, le moins fr\u00e9quent\u00e9.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, un moineau est mort \u00e0 ses pieds.<br \/>\nOn aurait dit qu\u2019il tombait le moineau, comme une ch\u00e2taigne. Elle l&rsquo;a ramass\u00e9 puis elle l&rsquo;a roul\u00e9 dans un Kleenex et l&rsquo;a mis dans sa poche. Il avait l&rsquo;air intact. Tout au plus l&rsquo;air \u00e9teint. Un probl\u00e8me de piles.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Elle habite au printemps \u00e0 Venise, calle del M. Elle s\u2019arr\u00eate tous les jours chez Tonolo et commande un Spritz Cynar. Elle marche ensuite sur le trottoir de gauche, le plus fr\u00e9quent\u00e9.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, elle a tr\u00e9buch\u00e9 sur un pav\u00e9, au pied du petit pont pr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9glise des Frari.<br \/>\nOn aurait dit qu\u2019il \u00e9tait en train de couler le pav\u00e9. Elle s&rsquo;est accroupie, l&rsquo;a observ\u00e9, l&rsquo;a m\u00eame caress\u00e9, puis elle l&rsquo;a photographi\u00e9. Il avait l&rsquo;air parfaitement identique aux autres pav\u00e9s. Tout au plus l&rsquo;air fatigu\u00e9. Un probl\u00e8me de ressort.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Kimiko fume de l&rsquo;ivraie rose dans son bain, parfois, et ses jambes flageolent, sa t\u00eate se penche sur une \u00e9paule imaginaire, elle remonte sa main sur son sein gauche puis elle se dit des gentillesses, avec une voix douce. Elle a les cheveux noirs depuis toujours, elle porte souvent des chaussons en papier, blancs, qui n&rsquo;iraient \u00e0 personne d&rsquo;autre. Les hommes la trouvent d\u00e9sirable sans qu&rsquo;une majorit\u00e9 de femmes la d\u00e9teste absolument. \u00c0 sa mani\u00e8re, Kimiko a de la chance.<\/p>\n<p>Elle conna\u00eet d&rsquo;autres femmes. Nombre sont dures, fi\u00e8res de leur ind\u00e9pendance, elles dansent, elles boivent et se vantent d&rsquo;\u00eatre libres. Kimiko se sent plut\u00f4t tr\u00e8s seule de son c\u00f4t\u00e9, \u00e0 vrai dire. R\u00e9guli\u00e8rement sollicit\u00e9e, elle trouve toujours une mani\u00e8re d\u00e9licate de se soustraire aux avances et de rester solitaire, au centre d&rsquo;un nuage mental permanent.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Dans un corps chacun est contraint de vivre sa dr\u00f4le de vie sous les regards inquisiteurs, \u00e0 courte port\u00e9e. Les yeux en myriade, d&rsquo;hommes et de femmes, viennent s&rsquo;\u00e9craser sur la chair ou les v\u00eatements qui nous enveloppent comme le font les vagues aveugles au pied des falaises de craie dans les pays scandinaves.<\/p>\n<p>\u00ab Nous sommes tous enferm\u00e9s, prisonniers d&rsquo;une enveloppe, que nous n&rsquo;avons pas choisie, que nous musclons, maquillons, d\u00e9shabillons, mais rien n&rsquo;y fait. Nous en restons prisonniers. Puis cette enveloppe vieillit, et nous mourons. \u00bb<br \/>\nVoil\u00e0 ce que se dit souvent Kimiko.<\/p>\n<p>Dans une revue de vulgarisation scientifique, elle a lu : \u00ab L&rsquo;\u00e9tage sommital de la for\u00eat tropicale humide est le milieu le plus vivant du monde animal, mais aussi du monde v\u00e9g\u00e9tal. Y grouillent dix mille neuf cent quarante-trois esp\u00e8ces inconnues. \u00bb Puis elle a pens\u00e9 : \u00ab Faites que je me d\u00e9sincarne, qu&rsquo;en papillon velu \u00e0 trois ailes je disparaisse fauch\u00e9e par la course entre les lianes d&rsquo;un petit singe espi\u00e8gle. Je suis fatigu\u00e9e d&rsquo;\u00eatre humaine. \u00bb<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>\u00c0 la tomb\u00e9e du soir, un soir, un soir qui n&rsquo;\u00e9tait pas comme les autres soirs, tandis qu&rsquo;elle contemplait avenue Montaigne une robe Dolce &amp; Gabbana toute \u00e9tincelante de strass en vitrine, un homme \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle a pris sa main, comme cela, sans rien lui demander. Il admirait lui aussi la robe, sans regarder Kimiko, et il avait la main chaude. Puisqu&rsquo;il faisait comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait, elle fit comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait.<br \/>\nPlus tard, ils couch\u00e8rent ensemble.<\/p>\n<p>Il dit ensuite :<br \/>\n\u00ab \u00c0 ces heures tardives, il m&rsquo;arrive de penser aux confins d&rsquo;une Inde imagin\u00e9e o\u00f9, perch\u00e9 au sommet d&rsquo;un \u00e9l\u00e9phant, bien s\u00fbr, ma coiffe de diamants obsc\u00e8nes sur la t\u00eate, je salue les tigres miniatures qui m&rsquo;envisagent de loin. Ils rampent entre les herbes folles, ils se ressemblent tous.<br \/>\nL&rsquo;oliphant m&rsquo;inflige son roulis tandis que nous abordons une for\u00eat de canneberges. Je d\u00e9chire \u00e0 la canine nonchalant la moiti\u00e9 d&rsquo;un na\u00e0n fromage. Ils ont d\u00e9cid\u00e9ment tous un irr\u00e9sistible go\u00fbt de Kiri. L&rsquo;envie de sympathiser avec un paresseux me traverse l&rsquo;esprit, mais l&rsquo;occasion me manque.<br \/>\nJ&rsquo;ai le torse nu, recouvert de tatouages \u00e9rotiques.<br \/>\nDemain, un soleil gris nous ram\u00e8nera en France. En attendant l&rsquo;aube tristounette, je continue jusqu&rsquo;au bout de mes forces \u00e0 pourchasser ce jour qui &#8211; pourtant bless\u00e9 \u00e0 mort &#8211; ne veut pas mourir. \u00bb<br \/>\nElle tomba fissa amoureuse.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;hiver, et le lendemain, en regardant les bouff\u00e9es de flocons tournoyer, tandis que la neige crisse sous les chaussures, alors qu&rsquo;elle atteignait la boulangerie proche du m\u00e9tro Saint-Placide o\u00f9 le cheese cake est \u00e0 peine saupoudr\u00e9 de sucre glace, elle se mit \u00e0 sourire aux passants emmitoufl\u00e9s fa\u00e7on r\u00e9fugi\u00e9s, sourire \u00e0 leur h\u00e9sitation Bambi \u00e0 tenir debout. Les belles avaient des airs de clown avec le bout du nez rouge, les vieux paraissaient inamovibles sur le n\u00e9v\u00e9, en phase avec le moins z\u00e9ro depuis longtemps. Et tous ces souvenirs de luge, de raclette, qui s&rsquo;invitaient naturellement ! Une belle journ\u00e9e.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Combien dans la pr\u00e9cipitation d&rsquo;un flirt surprise s&rsquo;abstiennent volontairement de certains gestes ? Donner ses l\u00e8vres seulement, l\u00e2cher certains regards c\u00e2lins. Ce sont pourtant des catalyseurs.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas que les doigts, pas que la chair, pas que la langue. Beaucoup s&rsquo;interdisent de caresser tendrement parce qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de l&rsquo;histoire tant attendue, ils retiennent dans leurs yeux toute langueur qui ne serait pas certifi\u00e9e animale, label d\u00e9sir brut. Ils s&rsquo;accrochent \u00e0 l&rsquo;esth\u00e9tique du rush jusqu&rsquo;au pipi dans la salle de bain.<\/p>\n<p>Kimiko, elle, ne sait que faire l&rsquo;amour, l&rsquo;amour pour la vie.<\/p>\n<p>D\u00e9livrer de l&rsquo;amour v\u00e9ritable, m\u00eame \u00e0 un presque-inconnu, puisqu\u2019elle offre sa peau, lui a sembl\u00e9 aller de soi, le temps que durerait ce contact \u00e9trange. Il \u00e9tait question de qualit\u00e9 de l&rsquo;acte et de l&rsquo;instant.<br \/>\nIl est possible de multiplier le d\u00e9sir cru, de multiplier le plaisir, de multiplier l&rsquo;intimit\u00e9 d&rsquo;instants vol\u00e9s, sans mentir ou faire semblant, en \u00e9tant parfaitement l\u00e0. Il y a du risque c&rsquo;est s\u00fbr, il ne faut pas se le cacher, le risque de s&#8217;embarquer soi-m\u00eame, mais il faut faire confiance \u00e0 la vie.<\/p>\n<p>Alors sur le moment, il lui a sembl\u00e9 qu&rsquo;elle pouvait aimer totalement sans p\u00e9ril et donner \u00e0 chaque mouvement une ampleur, une profondeur en kelvins d&rsquo;\u00e9motion, une texture intime, qui d\u00e9passait de loin ce qui se fait habituellement ailleurs, en d&rsquo;autres lieux. Manifester de l&rsquo;amour, l&rsquo;amour anonyme que l&rsquo;on a en soi, l&rsquo;affection v\u00e9ritable et souriante, est une chambre d&rsquo;\u00e9cho formidable \u00e0 l&rsquo;acte sexuel le plus impromptu.<\/p>\n<p>Ils s&rsquo;aim\u00e8rent ainsi le reste de leur vie, d&rsquo;un amour r\u00e9el, v\u00e9ritable, sinuso\u00efdal.<\/p>\n<p>Il arriva \u00e0 Kimiko de pleurer comme on va aux toilettes. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle pleurait, puis elle se mouchait soigneusement, puis elle continuait sa journ\u00e9e ou sa nuit comme si de rien. Parfois ensuite elle prenait une douche.<br \/>\nKimiko crut les premiers temps que tout ce qui lui arrivait allait passer, que c&rsquo;\u00e9tait du vent, qu&rsquo;elle \u00e9tait comme tout le monde. Mais non.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Elle avait souffert comme bien des gens, qui tous continuent d&rsquo;aller travailler, de faire les courses, de s&rsquo;acheter des gants pendant les soldes, et qui sont tous pourtant vid\u00e9s de l&rsquo;int\u00e9rieur, qui traversent la ville sans savoir eux-m\u00eames comment ils font pour tenir encore debout, alors que c&rsquo;est tout simple : ce qui les fait tenir debout&#8230; c&rsquo;est l&rsquo;habitude.<\/p>\n<p>L&rsquo;habitude, la somme de toutes les habitudes, c&rsquo;est par sa seule gr\u00e2ce que l&rsquo;on peut faire semblant de vivre, pour d\u00e9gager ce temps pr\u00e9cieux, autour de minuit ou vol\u00e9 dans les plis de la journ\u00e9e, o\u00f9 l&rsquo;on songe \u00e0 la vie qui nous attendait si l&rsquo;on n\u2019avait pas tr\u00e9buch\u00e9 quelque part, si l&rsquo;on avait pas \u00e9t\u00e9 cet idiot ou cette idiote, si l&rsquo;on avait eu la chance d&rsquo;\u00eatre pardonn\u00e9 par qui seul pouvait nous exaucer.<\/p>\n<p>Elle avait \u00e0 cette \u00e9poque l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre tomb\u00e9e sur le bas-c\u00f4t\u00e9, avait essay\u00e9 de se relever, puis lasse \u00e9tait rest\u00e9e face contre terre dans le foss\u00e9 de sa vie r\u00eav\u00e9e. Elle s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9sign\u00e9e \u00e0 vivre une vie parall\u00e8le, coh\u00e9rente mais beaucoup moins brillante que l&rsquo;originale, avec moins d&rsquo;options, plate, d\u00e9sincarn\u00e9e, vitreuse. Comme bien des gens qui vivent allong\u00e9s dans le caniveau de leur existence.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Seulement tout avait embelli, sans effort, absurdement, de mani\u00e8re impromptue, puisqu&rsquo;il \u00e9tait l\u00e0.<\/p>\n<p>Parfois certains malentendus peuvent faire croire \u00e0 untel qu\u2019il est aim\u00e9 d\u2019unetelle, ou vice versa, que les petits oiseaux vont gazouiller pour eux, bref que la vie sera belle, mais le plus souvent tout finit par s\u2019\u00e9vanouir, et l\u2019on se sent b\u00eate dans le meilleur des cas, souvent tr\u00e8s malheureux.<\/p>\n<p>Mais pas toujours.<\/p>\n<p>En vacances un \u00e9t\u00e9 \u00e0 Arcachon, Kimiko s&rsquo;\u00e9tait dit : \u00ab Ma fortune tient l\u00e0, dans cette journ\u00e9e. Sur le sable tous les couples sont couch\u00e9s dans la m\u00eame position. Cela sent bon l\u2019iode, pas l\u2019embrun s\u00e9ch\u00e9. Ce sont les bons c\u00f4t\u00e9s du bord de mer. \u00bb<\/p>\n<p>Ils parl\u00e8rent beaucoup.<\/p>\n<p>De toutes ces discussions surgit une \u00e9vidence partag\u00e9e : puisqu&rsquo;ils avaient de la chance, autant en profiter pour tenter un voyage fabuleux.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Le chat n&rsquo;a d&rsquo;yeux que pour l&rsquo;autre chat, le chevreau pour l&rsquo;autre chevreau, la libellule pour la libellule, et caetera. Autant d&rsquo;\u00eatres en miroir, Rorschach spontan\u00e9s. Ils courent en lacets, bondissent, miaulent, montrent les cornes, zigzaguent sur le sol parcouru de racines de mangliers, de pal\u00e9tuviers, perchis de b\u00e9quilles r\u00e9s\u00e9da et luisantes enfonc\u00e9es dans le sol.<\/p>\n<p>Dans les c\u0153urs, plus haut, d&rsquo;autres racines, ondulantes, s&rsquo;\u00e9talent et l&rsquo;on dirait de grands plats de spaghettis andrinople, \u00e0 nourrir des millions de soldats.<\/p>\n<p>Il y a dans la vie des odeurs de sel, de mucus, des orni\u00e8res limoneuses et dans chaque flaque un lac miniature, une abysse, des millions d\u2019\u0153ufs d&rsquo;insectes, de larves agit\u00e9es qui se m\u00ealent aux d\u00e9bris de feuilles, aux lambeaux d&rsquo;exuvies reptiliennes, aux \u00e9meraudes pouss\u00e9s l\u00e0 par d&rsquo;\u00e9normes scarab\u00e9es Hercule.<br \/>\nDans la Nature survivent des oiseaux bleu cobalt friands de chenilles acryliques, et de grands murs de chlorophylle phosphorescente partagent en rideaux pudiques la foison qui grouille, qui rampe, qui grimpe ou qui flotte dans l&rsquo;air.<\/p>\n<p>Kimiko et son Valentin ont vu passer dans le ciel des croix volantes et des pyrales flandrines ont mu\u00e9es \u00e0 leurs pieds. Ils ont vu de loin quelques masses recouvertes de fourrure s&rsquo;enfoncer dans les foug\u00e8res cyatheales en direction des chutes du Carbet. Ils ont d\u00e9couvert plusieurs nids d&rsquo;abeilles, des plumes de dinosaures fossilis\u00e9es et ramass\u00e9 les crottes fumantes d&rsquo;un tigre blanc. Ils collectionnent encore les \u00e9cailles ombrines d&rsquo;animaux inconnus tomb\u00e9es lors de combats avec de petits mammif\u00e8res au pied des arbres-\u00e0-pain.<\/p>\n<p>Chaque avril, de chaque ann\u00e9e, ils contemplent ensemble, main dans la main, la refloraison des cerisiers \u00e0 Kyoto, un m\u00e8tre au dessus des squelettes de samoura\u00efs enterr\u00e9s l\u00e0, en \u00e9toile autour des troncs s\u00e9culaires. Les petites fleurs vanille-framboise ne tiennent que sept jours aux branches. Elles s&rsquo;en d\u00e9tachent avec soudainet\u00e9, toujours fra\u00eeches. C&rsquo;est par magie la seule fleur qui ne fane pas sur l&rsquo;arbre.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Voici traduits ces printemps, qui tr\u00f4nent sous vos yeux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"_3x-2\" data-ft=\"{&quot;tn&quot;:&quot;H&quot;}\">\n<div data-ft=\"{&quot;tn&quot;:&quot;H&quot;}\">\n<div class=\"mtm\">\n<div>\n<div class=\"_1ktf\" data-ft=\"{&quot;tn&quot;:&quot;E&quot;}\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[vc_row][vc_column][vc_column_text]J&rsquo;ai eu le plaisir et le privil\u00e8ge d&rsquo;\u00e9crire le texte du livret de l&rsquo;exposition en cours de Kimiko Yoshida \u00e0 la\u00a0Fondation Art Contemporain Claudine et Jean-Marc Salomon.[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text] Texte du livret de l&rsquo;exposition de Kimiko Yoshida (\u00ab\u00a0Baroques\u00a0\u00bb \/ Solo show \/ 26 April &gt; 7 July 2019 \/\u00a0Fondation Art Contemporain Claudine et Jean-Marc Salomon) : \u00ab\u00a0LA [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":12834,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[62,76],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12836"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12836"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12836\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12845,"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12836\/revisions\/12845"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12834"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12836"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12836"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12836"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}