{"id":12751,"date":"2018-06-15T14:58:21","date_gmt":"2018-06-15T12:58:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.marcmolk.fr\/?p=12751"},"modified":"2019-01-09T08:51:47","modified_gmt":"2019-01-09T07:51:47","slug":"curiosites-contemporaines-point-contemporain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/2018\/06\/15\/curiosites-contemporaines-point-contemporain\/","title":{"rendered":"Curiosit\u00e9s contemporaines, Point contemporain"},"content":{"rendered":"<p>[vc_row][vc_column][vc_column_text]Hors-s\u00e9rie <strong>\u00ab\u00a0Curiosit\u00e9s contemporaines\u00a0\u00bb<\/strong> de la revue <strong>Point Contemporain<\/strong>.<\/p>\n<p>Dirig\u00e9 par Lisa Valentine Toubas<\/p>\n<p>Sommaire<\/p>\n<p>Apollonia Saintclair \/ Laurent Qu\u00e9n\u00e9hen \/ Julie Dalmon \/ Lionel Sabatt\u00e9 \/ Fr\u00e9d\u00e9ric L\u00e9glise \/ Lise Stoufflet \/ Haeji Lim \/ Kun Kang \/ J\u00e9r\u00e9my Chabaud \/ Barbara Polla \/ Hugo Servanin \/ Marc Molk[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_row_inner][vc_column_inner width=\u00a0\u00bb1\/2&Prime;][vc_single_image image=\u00a0\u00bb12729&Prime; img_link_large=\u00a0\u00bbyes\u00a0\u00bb][\/vc_column_inner][vc_column_inner width=\u00a0\u00bb1\/2&Prime;][vc_single_image image=\u00a0\u00bb12731&Prime; alignment=\u00a0\u00bbright\u00a0\u00bb img_link_large=\u00a0\u00bbyes\u00a0\u00bb][\/vc_column_inner][\/vc_row_inner][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]\u00a0\u00bb<em>Ren\u00e9 Girard souligne qu\u2019en cinquante ans le rapport \u00e0 la pudeur s\u2019est invers\u00e9, que l\u2019on est entr\u00e9 dans une \u00e8re du non-dit.<\/em><span class=\"text_exposed_show\"><em>\u00a0Alors qu\u2019il \u00e9tait impensable de parler pornographie lors d\u2019une soir\u00e9e, le tabou s\u2019est d\u00e9sormais report\u00e9 sur le fait de se confier et de d\u00e9voiler ses sentiments.\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p><em>Marc Molk revendique, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019esth\u00e9tique dominante pratique un certain d\u00e9tachement, une approche sensible et m\u00eame sentimentaliste de la peinture. Ses toiles sont le r\u00e9ceptacle de r\u00e9cits toujours tr\u00e8s personnels, qui n\u00e9cessitent une forme de disponibilit\u00e9 pour les aborder. L\u2019artiste nous rappelle combien le rapport \u00e0 l\u2019oeuvre pour un peintre n\u2019est pas seulement de l\u2019ordre de la repr\u00e9sentation ou de la sensualit\u00e9, mais qu\u2019il rel\u00e8ve aussi des sentiments, ceux qui l\u2019unissent aux figures peintes et \u00e0 certaines sc\u00e8nes.\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>Une dimension affective qui se fonde sur des souvenirs, des phrases, des d\u00e9sirs, des \u00e9motions douces ou bouleversantes, sur leur empreinte. Des toiles qui se construisent sur la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un pass\u00e9 qui s\u2019est effectivement produit et qui se recompose dans le pr\u00e9sent de la toile.<\/em><\/p>\n<p>___<\/p>\n<p><strong>Point contemporain : Par quel proc\u00e9d\u00e9 \u00e9labores-tu cette texture si particuli\u00e8re qui caract\u00e9rise tes tableaux ?<\/strong><\/p>\n<p>Marc Molk : Ma pratique de la peinture est n\u00e9e d\u2019une sensation d&rsquo;\u00e9chec. J\u2019\u00e9tais d\u00e9\u00e7u par la texture, l\u2019\u00e9piderme de mes toiles. Un tableau n\u2019est ni un sujet, ni un agencement de couleurs, il est avant tout cela \u00ab\u00a0une facture\u00a0\u00bb. Il poss\u00e8de une peau, un \u00e9piderme, avec des zones tr\u00e8s diff\u00e9rentes. \u00c0 la mani\u00e8re d\u2019un corps, certaines de ces parties sont nues, crues, d\u2019autres au contraire sont granuleuses ou fines, plus pr\u00e9cieuses. Afin de cr\u00e9er des zones distinctes, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler des \u00ab jus \u00bb, sortes de bouillons d\u2019huile, d\u2019eau et d\u2019essence, sur lesquels je d\u00e9pose du riz, du quinoa, des feuilles. Dans ce jus sur la toile pos\u00e9e au sol, ces \u00e9l\u00e9ments produisent des milliers de d\u00e9tails et de variations de texture.<\/p>\n<p><strong>Un proc\u00e9d\u00e9 dont tu ne peux enti\u00e8rement contr\u00f4ler le processus ?<\/strong><\/p>\n<p>Si je veux qu&rsquo;une zone soit claire, comme pour certaines parties de corps, il faut que la couche picturale soit moins \u00e9paisse \u00e0 cet endroit. Alors avant de r\u00e9pandre le jus sur la toile, je prends soin de cr\u00e9er des reliefs en pla\u00e7ant sous le ch\u00e2ssis des chiffons en boule. Et la toile na\u00eet d\u2019une m\u00e9canique des fluides que je ne peux pas en effet totalement contr\u00f4ler. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s marqu\u00e9 par les entretiens de Francis Bacon avec David Sylvester, quand ils parlent de hasard. Il m\u2019est possible de canaliser l\u2019\u00e9coulement du jus, de l\u2019orienter \u00e0 ma guise. Je ne ma\u00eetrise pas l\u2019effet final, au point qu\u2019il m\u2019arrive de recomposer le motif qui figurait initialement sur la toile. Je compose avec le hasard et les quatre \u00e9l\u00e9ments : l\u2019eau par ce jus vers\u00e9 sur la toile, la terre par le caract\u00e8re organique des \u00e9l\u00e9ments que j\u2019ajoute, mais aussi le feu car j&rsquo;utilise parfois un petit chalumeau, et enfin l\u2019air avec l&#8217;emploi de peinture en bombe. Une mani\u00e8re somme toute tr\u00e8s bachelardienne d\u2019aborder la cr\u00e9ation, un peu mystique.<\/p>\n<p><strong>\u00c0 ce premier temps succ\u00e8de celui de la composition ?<\/strong><\/p>\n<p>Une fois le jus r\u00e9parti, je laisse s\u00e9cher la toile, puis j&rsquo;enl\u00e8ve les graines et autres \u00e9l\u00e9ments exog\u00e8nes avant d\u2019intervenir \u00e0 nouveau sur le tableau \u00e0 la main. Afin de multiplier les effets, j&rsquo;utilise, c&rsquo;est selon, des glacis, de l&rsquo;huile \u00e9paisse, de la peinture en bombe, des paillettes pour cr\u00e9er des irisations, etc. Je me sens en marge des canons de la peinture parisienne dite contemporaine, o\u00f9 j&rsquo;ai l&rsquo;impression domine plut\u00f4t le mat, les couleurs rabattues, d\u00e9satur\u00e9es, et un m\u00e9pris tenace pour tout ce qui rel\u00e8ve du d\u00e9coratif ou du sentimental, assimil\u00e9 \u00e0 de la mi\u00e8vrerie. Ma peinture n&rsquo;est pas de bon go\u00fbt, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de cette production minimaliste, control\u00e9e, qui est parfois de grande qualit\u00e9 ceci-dit, ce n&rsquo;est pas la question. Je fais dans le brillant, le trop color\u00e9, le brutal, le figuratif et le \u00ab\u00a0gnan-gnan\u00a0\u00bb. Le critique d\u2019art Pierre Malachin, lors de ma participation au salon de Montrouge, a qualifi\u00e9 mon travail d&rsquo;un terme plus pr\u00e9cis : une peinture sentimentaliste. J&rsquo;ai tout de suite adopt\u00e9 ce terme.<\/p>\n<p><strong>Ce terme ne d\u00e9crit-il pas cette dimension \u00e9motionnelle contenue dans tes \u0153uvres ?<\/strong><\/p>\n<p>Le sentimentalisme est la tentative de restituer la vie des \u00e9motions. Les plus grands tableaux sont des tableaux poignants. Certaines toiles que je regarde m\u2019\u00e9meuvent comme le ferait une symphonie. M\u00eame si la peinture est un art silencieux, c\u00e9r\u00e9bral, j\u2019aimerais que la mienne d\u00e9clenche des \u00e9motions semblables \u00e0 celles que procure la musique. J&rsquo;en suis loin malheureusement. J&rsquo;aimerais que mes toiles retiennent, capitalisent des moments de vie. J&rsquo;aime le pass\u00e9, ce qui est pass\u00e9, les effets de vieillissement. Une photographie qui a pris la pluie, s&rsquo;est gondol\u00e9e et a en quelque sorte fan\u00e9 m&rsquo;\u00e9meut davantage qu&rsquo;une photographie intacte. Alors j&rsquo;imite ces processus en peinture. Le sentimentalisme est aussi au coeur de mon travail d\u2019\u00e9criture o\u00f9 je pratique une vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;autofiction qui revient \u00e0 utiliser ma vie personnelle comme mati\u00e8re premi\u00e8re de mes livres. Je voudrais qu\u2019une plus grande authenticit\u00e9 ait cours, une vie publique des sentiments, que chacun puisse exprimer les siens, et m\u00eame atteindre une strate sup\u00e9rieure de d\u00e9bordement, de pl\u00e9nitude affective, le stade des m\u00e9ta-sentiments. Mais personne ne semble partager cet id\u00e9al.<\/p>\n<p><strong>La toile recueille ainsi des moments diff\u00e9rents ?<\/strong><\/p>\n<p>La toile en effet enregistre des moments sp\u00e9cifiques, la nature hasardeuse du r\u00e9el. Francis Bacon affirmait \u00e0 David Sylvester qu&rsquo;il \u00e9tait un peintre r\u00e9aliste, car s&rsquo;il ne restituait pas l&rsquo;apparence du r\u00e9el dans ses tableaux, il recueillait son empreinte, le travail du hasard et de l&rsquo;accident. Je me reconnais dans cette distance et dans cette intimit\u00e9 avec le r\u00e9el, qui vise sa trace d&rsquo;avantage que son apparence exacte. J&rsquo;adorerais pouvoir produire un travail tr\u00e8s virtuose de repr\u00e9sentation illusionniste, et parfois je m&rsquo;y essaie un peu, mais cela m&rsquo;ennuie, je ne suis pas tr\u00e8s fort \u00e0 ce jeu, et au final j&rsquo;ai la sensation de composer une simple image, tandis que peindre un tableau c&rsquo;est fabriquer un objet dans le monde.<\/p>\n<p>Enfin, j&rsquo;ai une attirance de plus en plus marqu\u00e9e pour la confusion en g\u00e9n\u00e9ral. Il me semble que je ne comprends plus rien \u00e0 rien mais que cet \u00e9garement rec\u00e8le une certaine beaut\u00e9, et m\u00eame une paix dont j&rsquo;ignorais l&rsquo;existence quand je croyais tout savoir. Alors l&rsquo;exactitude me semble maintenant un genre de mensonge, et je pr\u00e9f\u00e8re peindre selon une confusion comparable \u00e0 celle de mes sentiments.<\/p>\n<p><strong>Comment les signes que tu places dans la toile participent \u00e0 ce caract\u00e8re authentique ?<\/strong><\/p>\n<p>Les signes nets et identifiables que je place dans les tableaux visent \u00e0 mettre en valeur cette confusion g\u00e9n\u00e9rale mais par contraste, par une pr\u00e9cision inattendue. Je place des \u00ab\u00a0ancres\u00a0\u00bb, des points d\u2019attention \u00e0 l&rsquo;aide de symboles : sabres, Sacr\u00e9-C\u0153ur, fleurs&#8230; Certains sont plac\u00e9s de mani\u00e8re \u00e9vidente alors que d\u2019autres sont plus discrets et n\u00e9cessitent que l\u2019on examine le tableau. Certains de mes motifs sont saillants, d\u2019autres plus arrondis, certains semblent avoir \u00e9t\u00e9 pos\u00e9s artificiellement, d\u2019autres sont enfouis&#8230; Je ne cherche pas en peinture une note pr\u00e9cise, un \u00ab diapason \u00bb, mais plut\u00f4t \u00e0 restituer ce tourbillon de tout, de sentiments, de pens\u00e9es, de distractions contradictoires, qui nous habite. Aussi mes tableaux sont tr\u00e8s diff\u00e9rents les uns des autres, car ils ne charrient pas tous les m\u00eames angoisses ou les m\u00eames joies. Je tiens aussi \u00e0 cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, elle a un sens. Je ne cherche pas \u00e0 constituer un panorama du haut de la montagne, pour reprendre une vision romantique, mais \u00e0 suivre le chemin qui m\u00e8ne \u00e0 son sommet&#8230; ou au fond la vall\u00e9e, qui sait ?\u00a0\u00bb[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[vc_row][vc_column][vc_column_text]Hors-s\u00e9rie \u00ab\u00a0Curiosit\u00e9s contemporaines\u00a0\u00bb de la revue Point Contemporain. Dirig\u00e9 par Lisa Valentine Toubas Sommaire Apollonia Saintclair \/ Laurent Qu\u00e9n\u00e9hen \/ Julie Dalmon \/ Lionel Sabatt\u00e9 \/ Fr\u00e9d\u00e9ric L\u00e9glise \/ Lise Stoufflet \/ Haeji Lim \/ Kun Kang \/ J\u00e9r\u00e9my Chabaud \/ Barbara Polla \/ Hugo Servanin \/ Marc Molk[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row][vc_row][vc_column][vc_row_inner][vc_column_inner width=\u00a0\u00bb1\/2&Prime;][vc_single_image image=\u00a0\u00bb12729&Prime; img_link_large=\u00a0\u00bbyes\u00a0\u00bb][\/vc_column_inner][vc_column_inner width=\u00a0\u00bb1\/2&Prime;][vc_single_image image=\u00a0\u00bb12731&Prime; alignment=\u00a0\u00bbright\u00a0\u00bb [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":12727,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[72,61],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12751"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12751"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12751\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12754,"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12751\/revisions\/12754"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12727"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12751"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12751"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marcmolk.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12751"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}